Accueil

Entreprise

Horaires

Assortiment

Spagyrie 

Conseils et documentation

Alimentation du sportif

Burgerstein et le sport

Cannelle et diabète

Expéditions

Drogocrans

Liens

Visitez le musée du train à Montana

La Confédération Helvétique

POINT DE VUE D'UN DROGUISTE VALAISAN

Jean-Pierre ROUVINEZ

 

A l'invitation de la société de développement d'AYER

 A l'occasion du premier août 2001

 

Cinq points :

 

Ø      Salutations

Ø      Qu'est-ce qu'un droguiste ?

Ø      Sa place dans les coûts de la santé

Ø      Les particularités cantonales

Ø      Face à l'Europe

 

Salutations

 

Merci au présentateur

Monsieur Le Président de la commune d'AYER

Monsieur Le Président de la société de développement

Chers hôtes de notre belle région, Chers amis anniviards, Mesdames, Messieurs,

Le droguiste suisse dans la confédération helvétique, dans la brousse du commerce et face à l'Europe,

ce droguiste d'où vient-il ?

qui est-il que va-t-il devenir ?

Dans l'antiquité, les droguistes faisaient le commerce de drogues à usage médicinal, religieux ou cosmétique.

Les alchimistes du 16ème siècle sont à l'origine du droguiste actuel. L'usage des plantes séchées, des épices et des teintures extraites du bois nous venaient de Hollande sous le nom générique de "drogues" (droog = sec en hollandais).

On trouve à Bâle en 1606 déjà mention de la corporation des droguistes.

Les développements de la chimie ont vu de plus en plus de substances entrer dans l'assortiment du droguiste qui sous le nom de matérialiste se déplaçait de ville en village pour proposer ses produits.

La distinction entre droguistes et pharmacien a fait que dans les années 1890 des groupements professionnels se sont formés à Bâle et à Berne puis sur le plan Suisse dans le but d'offrir une formation spécifique et d'obtenir une reconnaissance officielle de la profession. La mission politique prioritaire de l'ASD a été et est toujours le combat pour la vente des médicaments.

En plus des médicaments, les droguistes proposent leurs connaissance et leur assortiment de plus de 10'000 articles dans les domaines aussi variés que les médecines naturelles : Homéopathie, spagyrie, herboristerie, aromathérapie, fleurs de Bach mais également l'alimentation saine, les soins aux bébés, les cosmétiques, l'entretien du ménage, des piscines, de la cave et du vin.

Une solide formation professionnelle : 4 ans d'apprentissage, 2 ans de pratique et 2 ans à l'ESD suivis régulièrement de cours de formation continue  sont à même de garantir un haut niveau de compétences dans la profession.

Depuis les années 60, avec la suppression des prix imposés, la prolifération des grandes surfaces et la disparition progressive des petits commerces les droguistes sont en péril.

Permettez-moi un brin de morale politique :

Quand on dit "Je ne fais pas de politique, on en fait déjà, c'est un acte conscient que de se retirer du jeu et de laisser faire d'autres qu'il sera facile de critiquer en temps opportun."

Faire ses achats est également un acte politique. On choisit la société que l'on aura demain.

La responsabilité du consommateur, votre responsabilité est grande dans l'évolution du commerce actuel.

S'il n'y a plus de magasins dans les villages, de magasins de quartier, de petite épicerie voire de café, qui permettent de s'approvisionner près de chez soi, d'échanger quelques mots, de se rencontrer, c'est un choix délibéré de la part du consommateur qui a préféré s'approvisionner en grandes surfaces à des conditions qui semblent plus avantageuses, c'est sûrement vrai si l'on ne compte ni son temps ni les frais de déplacement ni le confort d'avoir tout à côté de chez soi et que l'on ne pense pas à ses vieux jours, car comment faire ses courses sans véhicule ? 

De plus acheter moins cher, c'est obliger à produire moins cher avec les conséquences que l'on connaît :

Ø    Agriculteur dont le travail n'es plus reconnu et plus payé à sa juste valeur

Ø    vaches nourries avec des farines animales, porcs engraissés à l'huile de vidange,

Ø    transports moins chers : pétroliers pourris qui s'échouent ou se cassent libérant des marées noires sur les côtes, navires qui dégazent toujours en mer pour limiter les frais et à

Ø    vendre moins cher : vendeuses mal payées, travail sur appel

Cette politique, c'est nous consommateurs qui la définissons.

Revenons au droguiste :

Une grande capacité d'adaptation, la vivacité d'esprit, le capital confiance de la part des consommateurs nous ont permis de limiter les dégâts.

Lorsque j'ai passé mes examens en 1968, un expert m'a dit : "En 1990 on ne parlera plus de droguerie en Suisse". Bel encouragement.

La lutte est rude, mais passionnante. Elle nous oblige à se remettre souvent en question, et elle n'est pas seulement commerciale.

Il n'existe aucun pays au monde ou notre profession existe sous la forme que nous connaissons en Suisse. Nous sommes les spécialistes de l'automédication et par là, nous intervenons directement dans le contrôle des coûts de la santé.

 

La place du droguiste dans les coûts de la santé

 

Pourquoi parle-on de coûts de la santé ?

Ne devrait-on pas parler des coûts de la maladie ?

C'est une mode de notre société : on n'ose plus appeler un chat un chat.

Une question légitime de chacun : " Pourquoi devrais-je me traiter moi-même alors que je paie des primes exorbitantes à ma caisse-maladie ? Ne suis-je pas en droit d'exiger des prestations à la mesure de mon sacrifice ?"

Ce type de question et d'exigence entraînerait inévitablement une hausse encore plus importante de nos primes caisse-maladie.

L'automédication signifie que l'on prend en charge soi-même les petits problèmes de santé. Les droguistes bien formés sont à même de fournir une assistance efficace en vue d'une prise en charge personnalisée dans une optique thérapeutique ou préventive à l'aide de médicaments qui ne sont pas soumis à la prescription ou des remèdes naturels. Leurs connaissances ne servent pas seulement à soigner ou à prévenir, mais également à faire des économies substantielles en terme de dépenses de santé.

Et dans bien d'autres domaines le droguiste dispense ses conseils. Pour le même client, il proposera un remède contre le rhume, et dans un même élan, il conseillera un produit pour enlever une tache de vin rouge sur une cravate quand ce n'est pas contre la gueule de bois ou un lait plus adapté pour un nourrisson qui a de la peine à digérer son biberon. Voyez que c'est varié.

Les particularités cantonales

 

Mais qu'est-ce que c'est que cette démonstration presque publicitaire alors que c'est le premier août et qu'il s'agit de voir le rapport entre la confédération helvétique et le droguiste ?

Un rappel, la Suisse est une confédération d'États qui se sont unis pour leur sécurité et leur prospérité. Chacun gardait ses prérogatives en ce qui concerne la santé, l'école, la fiscalité, la législation, etc.

Petit à petit la confédération a grignoté sur l'autonomie cantonale la plupart du temps dans l'intérêt de chacun et quelquefois contre les intérêts particuliers des cantons.

En ce qui nous intéresse ce soir, il est intéressant de constater que les compétences du droguiste ont été diversement reconnues. Certains cantons n'exigeaient que le certificat de formation professionnelle obtenu après l'apprentissage, d'autre cantons établissaient leur propre diplôme, d'autres encore reconnaissaient le certificat d'étude de l'ESD. Actuellement le diplôme de droguiste est demandé dans toute la Suisse pour ouvrir une droguerie. De ces différentes exigences de base découlaient les droits de vente des médicaments. En Suisse les médicaments sont catalogués en différentes catégories par l'OICM qui est un organe consultatif, les cantons appliquent à leur guise les directives. A Soleure par exemple, le droguiste peut vendre des médicaments jusqu'à la limite de l'ordonnance médicale, dans d'autres cantons seule la liste D leur est autorisée (vente en pharmacie et droguerie sans ordonnance médicale).

Dans d'autres, la vente des médicaments n'est que tolérée.

En Valais, le droguiste est reconnu comme droguiste-herboriste. La vente de médicaments et son action dans l'automédication lui sont reconnus. Les relations avec les services de santé sont excellentes. Nous avons de la chance par rapport à nos collègues d'autres cantons romands. Notre association cantonale est dynamique, chaque jour un droguiste prodigue ses conseils sur Rhône FM un peu avant 9 heures sous la rubrique le petit point sur le i et il m'arrive d'être ce petit point….

 Actuellement une loi fédérale se met en place qui veut unifier les particularités cantonales. Encore un pan de l'esprit confédéral et de l'autonomie cantonale qui s'effondre.

Les droguistes qui se sont établis il y a 20 ou 30 ans avec des législations cantonales plus souples devront se mettre à jour dans un délai de quelques années. Il n'y aura pas de droit acquis. Il faudra certainement repasser un examen. Pour un certain nombre de collègues, par ailleurs appréciés de leur clientèle, puisque leur échoppe tient le coup, ce sera leur arrêt de mort.

Pour conclure, il nous faut voir venir l'EUROPE

Mourir ou vivre

 

Dans la perspective d'une adhésion à l'Europe, c'est un énorme point d'interrogation puisque nos collègues droguistes allemands, hollandais ou autrichiens n'ont de loin pas les compétences qui sont les nôtres dans la distribution des médicaments. On dérange. A quelle sauce sera-t-on mangé ?

Par le biais de l'association européenne des droguistes, un plan de formation se met en place, seule possibilité d'être un jour reconnu. En Allemagne un groupe de droguistes a commencé une formation sur la base de ce qui se fait en Suisse en ce qui concerne la vente des médicaments.

La tendance gouvernementale en Allemagne et en Autriche est de ne réserver la vente des médicaments qu'en pharmacie alors qu'au Danemark pays très strict jusqu'ici, plus de 200 spécialités pharmaceutiques ont passé en vente libre.

La reconnaissance du diplôme universitaire de pharmacien permet une législation uniforme alors que pour les droguistes, c'est par le biais du Lichtenstein membre de l'EEE que l'on peut faire entendre le mot droguiste à Bruxelles. La formation proposée est calquée sur le modèle suisse. Il y a 800 drogueries en Suisse et près de 10'000 en Europe.

Alors libéralisation de la vente des médicaments selon le modèle américain, limite stricte à la pharmacie ou une place pour le droguiste ?

L'optimisme qui nous a permis de se faire notre place va continuer à guider nos pas et le rayonnement de notre étoile pourrait saupoudrer les étoiles européennes pour que perdure et se multiplie ce petit point sur le i qu'est le droguiste.

Merci de votre aimable attention et bonne fin de soirée